Chemins d'art et de foi en Moselle

11 avril 2012

Saison 2012 : Itinéraires


ITINÉRAIRES


 

« De cendres et d’amour » : deux mots pour brosser le portrait d’Etty Hillesum et trois noms pour rappeler son itinéraire : Amsterdam, Westerbork, Auschwitz. Un chemin spirituel et intérieur que Sandrine Chauveau nous révèlera salle Braun fin mars.

Quelques jours plus tôt, en la Cathédrale, le dimanche 11 mars, Michaël Lonsdale dévoilera un autre chemin, le Chemin de Croix que Paul Claudel écrivit en 1911-1913 à son retour de Chine.

De joies et de peines, ainsi en est-il de nos routes humaines où nous pérégrinons, portés par de fols enthousiasmes et parfois, retardés, voire arrêtés net dans notre élan par d’imprévisibles échecs. Le philosophe Martin Steffens nous proposera sa « recette » dans son Petit traité de la Joie.

En mai, nous reprendrons la route, celle du bel amphithéâtre de l’Institution de La Salle en découvrant, avec la bibliste Odile Flichy, l’itinéraire de Paul. Avec Chantal Reynier, nous mettrons nos pas sur les routes romaines, rejoignant ainsi tous les chrétiens de Moselle qui, cette année, approfondissent les Actes des Apôtres.

Sur presque 2 000 mesures et 167 grandes pages de partition, Olivier Messiaen écrivit en 1944 ses Vingt Regards sur l’Enfant Jésus. Yejin Gil poursuit son parcours d’artiste et, en l’église Saint-Maximin,  elle se lancera dans cette longue méditation qui mène de la Crèche à la Croix.

Enfin, Michèle Frank, avec ses toiles immenses, ouvrira le grand livre de la Création et nous permettra d’assister, jour après jour, au surgissement de l’univers : un sacré itinéraire.

  Robert Féry

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Le Chemin de croix de Paul Claudel

 

Le Chemin de croix


de Paul Claudel


lonsdale 4


Dimanche 11 mars 2012

Cathédrale de Metz


AH1

 

 

lonsdale 11

 

Récitant Michaël Lonsdale,

comédien et metteur en scène

 

Distribution : Eric Sanarens, percussions

Bernard Masson, baryton

Père Vincent-Marie, sjm, orgue

Odile Samoël, comédienne

 

 

lonsdale 22

 

 Ami Hebdo 1

 

 

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26 mars 2012

Etty Hillesum, journal intime : salle Braun mercredi 21 mars 2O12

 

ETTY HILLESUM, 


journal intime


affiche etty



en partenariat avec le

 Festival des Voix Sacrées


Issue de la bourgeoisie juive d'Amsterdam, Esther (dite Etty) Hillesum, est morte déportée à Auschwitz en 1943. La jeune femme est âgée de 27 ans lorsqu'elle entame, deux ans plus tôt, la rédaction de son journal intime. Ce document, complété par un ensemble de lettres écrites au camp de transit de Westerbork, constitue non seulement un témoignage historique sur le sort des Juifs hollandais, mais aussi un document bouleversant, qui retrace l'évolution psychologique et surtout spirituelle de son auteur, entre exaltation et dépression, ombre et lumière.


Etty5

 

Robert Scholtus, écrivain et théologien a présenté en quelques mots

la personnalité d'Etty Hillesum ainsi que son itinéraire personnel et spirituel.

 

Etty1


Sandrine Chauveau, seule en scène, prête sa voix à Etty et met son jeu d'actrice au service d'un texte pétri des sentiments d'humanité, d'amour et d'abnégation, que le mal, la souffrance et la déréliction ne parviennent pas à anéantir. Entre la vie intérieure, qu'illumine la découverte de Dieu, et la souffrance des hommes, se déploie ce que Rilke, le poète préféré d'Etty Hillesum, appelait « l'espace intime du monde ».

 

Etty2 

 

 

 

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Le metteur en scène et son actrice:

Dominique Davin et Sandrine Chauveeau


Photos Philippe Hoch



Etty7

 

Robert Féry, président de Chemins d'art et de Foi en Moselle, félicite et remercie Sandrine Chauveau pour ce grand moment d'intimité partagé avec un public conquis et encore sous le coup de l'émotion. 




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04 février 2012

Chemins d'art et de foi 2012 : itinéraires : programme

 

Itinéraires 


Programme 2012

 

 

 

Couverture_Création01

 Peinture de Michèle Frank

 

CATHÉDRALE DE METZ

Dimanche 11 mars, 17H00

Le Chemin de Croix de Paul Claudel

Récitant Michaël Lonsdale,

avec Odile Samoël, comédienne, Bernard Masson, baryton,

Eric Sanarens, percussions, le père Vincent-Marie à l’orgue.

 

METZ, SALLE BRAUN

Mercredi 21 mars, 20h30

Etty Hillesum, l’espace intime du monde

par la Compagnie Argile-Théâtre

 

METZ, AMPHITHÉÂTRE DE L’INSTITUTION DE  LA SALLE

Mercredi 25 avril, 20h30

« Petit traité de la joie »

Conférence de Martin Steffens

 

METZ, AMPHITHÉÂTRE  DE L’INSTITUTION DE  LA SALLE

Jeudi 3 mai, 20h30

 « Comment Luc raconte l’itinéraire de Paul ? »

Conférence d’Odile Flichy,

professeur  au Centre Sèvres à Paris 

 

ETZ, AMPHITHÉÂTRE  DE L’INSTITUTION DE  LA SALLE

Mercredi 9 mai, 20h30

« Saint-Paul sur les routes du monde romain ».

Conférence de Chantal Reynier, professeur au Centre Sèvres à Paris

 

 ÉGLISE SAINT-MAXIMIN, METZ

Vendredi 11 mai, 20h30

Récital de piano de Yejin Gil

Extraits des Vingt Regards sur l’Enfant Jésus d’Olivier Messiaen

 

CATHÉDRALE DE METZ

Du samedi 19 mai au dimanche 10 juin

Les jours de la Création : exposition de Michèle Frank

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Dimanche 11 mars 2012 à 17h00 : Cathédrale de Metz

 

Dimanche 11 mars 2012 à 17h00

Cathédrale de Metz

 

Le Chemin de croix


Poèmes de Paul Claudel


Document 10 Photo LONSDALE


Récitant Michaël Lonsdale,

comédien et metteur en scène


Distribution : Eric Sanarens, percussions

Bernard Masson, baryton

Père Vincent-Marie, sjm, orgue

Odile Samoël, comédienne


Document 9 8PHOTO GROUPE


Pour en savoir plus sur les interprètes

un clic sur Eaux vives 

un clic sur : Eaux vives 2

un clic sur : Eaux vives 3


Paul Claudel

 

Paul CLAUDEL 1868-1955

 

Poète, auteur dramatique, romancier, diplomate

 Élu au fauteuil 13 de l'Académie Française en 1955 


    D'origine bourgeoise provinciale, frère cadet de la sculptrice Camille, Paul CLAUDEL est né à VILLENEUVE-sur-FÈRE dans l'Aisne, en 1868, sur les confins de la Champagne et des Ardennes. De famille catholique, l'enseignement laïque lui fait perdre la foi qu'il retrouvera, à l'âge dix-huit ans, lors d'une illumination subite. le jour de Noël, le 25 décembre 1886, alors qu'il assistait en curieux à l'office des vêpres dans la cathédrale Notre-Dame de PARIS : « J'étais debout, près du deuxième pilier, à droite, du côté de la sacristie. Les enfants de la Maîtrise étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. En un instant mon cœur fut touché et je crus. » Sa foi catholique devient dès lors essentielle dans son œuvre qui chantera la création : « De même que Dieu a dit des choses qu'elles soient, le poète redit qu'elles sont. »

 Cette communion de CLAUDEL avec Dieu a donné ainsi naissance à près de quatre mille pages de textes. Il y professe un véritable partenariat entre Dieu et ses créatures, dans son mystère et dans sa dramaturgie, comme par exemple dans Le Soulier de satin et L'Annonce faite à Marie.

 Parallèlement à ces activités d'écrivain, Paul CLAUDEL mène pendant près de quarante ans une carrière de diplomate, de 1893 à 1936, qui le conduit à séjourner presque constamment à l'étranger dans divers pays, consul de France à Prague, Francfort, Hambourg, ministre plénipotentiaire à Rio de Janeiro, à Copenhague, ambassadeur de France à Tōkyō, à Washington, enfin à Bruxelles, de 1933 à 1935, où se terminera sa brillante carrière.

Le 4 avril 1946, à presque quatre-vingts ans, « l’âge de la puberté académique » comme il se plaisait à dire, il était élu à l'Académie Française par 24 voix au fauteuil de Louis GILLET. Il n’avait effectué aucune des visites rituelles, pas plus qu’il n’avait fait acte de candidature. On lui doit un mot resté célèbre, la première fois qu’il participa à un vote académique : « Mais c’est très amusant, ces élections : on devrait en faire plus souvent ! ».

Sa vie littéraire conduite parallèlement s'épanouira glorieusement, au terme de son rôle de diplomate, dans sa propriété de Brangues, aux confins de la Savoie et du Dauphiné. Ses conceptions, en étroit rapport avec les idées religieuses, l'incitent à préciser le rôle du poète dont le langage doit traduire l'unité fondamentale du monde des choses et de l'esprit .Il meurt à PARIS, le 23 février 1955 et est enterré dans le parc du château de BRANGUES.

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Paul Claudel : Un homme de prière

 

Document 11 Photo LONSDALE SAMOEL 

 Michaël Lonsdale et Odile Samoël

Paul Claudel était un priant. Il allait à la messe chaque jour, disait son chapelet, suivait chaque vendredi le chemin de croix et faisait oraison dans l’église de Brangues où il ne voulait rien perdre de " cette inestimable demi-heure ". N’a-t-il pas pensé devenir moine en faisant un essai à Solesmes puis à Ligugèé en 1900 ?

Sa vie est restée marquée par ces deux expériences : oblat du monastère de Ligugé, il récite son bréviaire tous les jours, mais surtout il pratique assidûment la lectio divina. Il n’a pas été favorisé d’expérience mystique ou de révélations particulières ; c’est un caractère très réaliste, mais il a puisé ses intuitions dans la Parole de Dieu, la vie sacramentelle proposée par l'Église et sa propre vie de prière.

Paul Claudel a cherché à partager son expérience de prière. Il a entretenu une correspondance avec des convertis ou des chercheurs de Dieu du renouveau catholique qui s’est fait jour durant la première moitié du XXe siècle. Véritable père spirituel pour certains, il a saisi combien nous avons besoin de maîtres qui soient aussi des témoins. Il n’a pas hésité, comme saint Paul, à proposer son exemple personnel. Conscience de sa vocation de baptisé, il a été véritablement en mission auprès de ses frères écrivains d'abord et envers tous ensuite particulièrement à travers son œuvre. 

Jésus n'est pas venu pour détruire la croix,

mais pour s'étendre dessus.

 « À cette question terrible, la plus ancienne de l’humanité et à laquelle Job a donné sa forme quasi officielle et liturgique, Jésus répond. Le Fils de Dieu n’est pas venu pour détruire la souffrance, mais pour souffrir avec nous. Il n’est pas venu pour détruire la croix, mais pour s’étendre dessus.  De tous les privilèges spécifiques de l’humanité, c’est celui-là qu’il a choisi pour lui-même, c’est du côté de la mort qu’il nous a appris qu’était le chemin de la sortie et la possibilité de la transformation. L’interrogatoire était si énorme que le Verbe seul pouvait le remplir en fournissant non pas une explication, mais une présence, c’est-à-dire remplacer par sa présence le besoin même d’explication ». (cf. Mt 5,17). Paul Claudel.

Paul Claudel écrivit ce Chemin de la Croix en 1911 à son retour en France après 13 ans passé en Chine. Revenir de l'autre bout du monde en Europe, c'était aussi revenir au cœur du christianisme. De ce fait, P.Claudel apportait beaucoup d'importance à ce texte qu'il avait écrit avec cœur afin d'y exprimer toute la ferveur de sa foi en Jésus, Christ et Seigneur, Sauveur de monde.

Écrit comme une prière, il voulait que ce texte, qui est une longue méditation sur la passion du Christ, soit dit à l'heure du chemin de croix ou, tout au moins, dans un contexte religieux et priant. Le pape Jean-Paul II ne pouvait mieux satisfaire la volonté de l'auteur, en faisans lire cette méditation au cour du Chemin de Croix du Vendredi Saint de l'Année Jubilaire 2000 au Colisée à Rome. 


Document 12 PHOTO MASSON

Bernard Masson, baryton


Vincent-Marie

     Père Vincent-Marie, organiste       

 

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03 février 2012

Mercredi 21 mars 2012 à 20h30 Salle Braun à Metz : théâtre

 

Mercredi 21 mars 2012 à 20h30

Salle Braun - Metz


Etty Hillesum :

l'espace intime du monde


De 1941 à 1943 nous suivons Etty, jeune juive hollandaise,

sur son chemin humain et spirituel vécu en dehors de toute institution.


ettyhillesum


Interprète : Sandrine Chauveau

Metteur en scène : Dominique Davin

Réalisation : Cie Argile Théâtre

Coproduction : Festival des Voix Sacrées


Document 16 Sandrine Chauveau

Sandrine Chauveau


Soirées à

Sarrebourg :  mardi 20 mars 2012

Thionville : jeudi 22 mars 2012

Strasbourg  : samedi 24 mars 2012

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Etty Hillesum : une vie bouleversante par Anne Ducrocq


Document 17 etty-lampe

Sandrine Chauveau

Vivant dans une joie miraculeuse et charismatique l’une des pages les plus noires de l’Histoire, une jeune juive hollandaise de vingt-neuf ans s’apprête à être déportée avec une liberté d’esprit surprenante face aux événements et face à elle-même. Jour après jour, dans un combat lumineux et singulier pour rencontrer la vérité et la réalité telle qu’elle est, elle confie à son journal son cheminement mystique et son inébranlable parti pris d’espérance : la vie est “belle et pleine de sens” à chaque instant.

L’attention portée à la vie brève et féconde d’Etty Hillesum dépasse de loin le cercle des initiés. Son itinéraire est celui d’une femme sensuelle et “banalement moderne” qui, en se laissant transformer par l’amour des hommes et les événements du monde, est devenue un être éminemment libre. Le feu intérieur de cette jeune femme juive, qui se proposait d’“aider Dieu” au sein de l’enfer des camps, a quelque chose à nous dire de la liberté et de la bonté qui habitent ceux qui consentent à dire “oui” à la vie, quelle qu’elle soit, à dire “oui” malgré tout.

Elle œuvra pendant plus d’un an dans le camp de détention de Westerbork comme assistante sociale volontaire auprès des réfugiés juifs (elle s’y sent plus “utile” qu’ailleurs). Déportée anonyme avec ses parents et l’un de ses frères, Misha, elle est embarquée le 7 septembre 1943 dans un convoi de 987 personnes et meurt à Auschwitz le 30 novembre 1943. Elle laisse derrière elle onze petits cahiers à spirale, confiés à une amie, et des centaines de lettres écrites, qui sont devenus, quarante après sa mort, son inoubliable et unique ouvrage posthume, "Une vie bouleversée".

Le nom d’Etty Hillesum restera pour toujours associé, et à juste titre, à celui de l’homme qui l’initia à elle-même, Julius Spier, “l’accoucheur de mon âme”, confie-t-elle. Ce juif allemand, héritier de la psychologie de Carl-Gustav Jung, s’était spécialisé dans la chirologie (établissement de diagnostics à partir de la morphologie et des lignes de la main). La faculté qu’il possédait de percer les secrets de la vie par l’observation de la paume de la main, un “second visage” pour lui, semble avoir été troublante.

Le 3 février 1941, Etty tira pour la première fois, timidement, la sonnette de son cabinet du 27, Courbetstraat, pour entreprendre une thérapie. Elle s’embrasa immédiatement pour cet homme aux yeux “vieux comme le monde.” Des relations complexes se tissèrent entre la jeune femme et le psychologue quinquagénaire : elle fut à la fois sa cliente, son élève, sa secrétaire et son amie de cœur, et ils ne cessèrent de se défier pour se faire grandir mutuellement. Douze mois plus tard, elle écrit “je suis venue au monde un 3 février” et fête ses un an et la “plus belle année” de sa vie avec joie.


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Un désir inextinguible

 

“Ce que je trouvais beau, je le désirais de façon beaucoup trop physique, je voulais l’avoir. Aussi, j’avais toujours cette sensation pénible de désir inextinguible.”

La courte vie d’Etty Hillesum est jalonnée de relations amoureuses “avides” avec des hommes beaucoup plus âgés qu’elle. À vingt-sept ans, son amant en titre, Han Wegerif, est un comptable de soixante-deux ans. Sa vie sexuelle, libre et désordonnée, a longtemps masqué son besoin de tout prendre et de tout donner, son besoin de vivre incarnée. Femme à l’insatiable curiosité érotique, elle a besoin de goûter, de se “gaver” de l’autre, de tous les autres. Elle communique par son corps. Pourtant, sans le savoir, sa “fichue” sensualité dissimule les prémisses de son désir d’absolu : elle constate en elle “un lent mais constant déplacement du physique au spirituel [...]. Je sais que les possibilités du corporel atteignent bientôt leurs limites.” Dans la fréquentation quasi-quotidienne de S., comme elle le nomme dans son journal, elle comprend peu à peu qu’elle a en elle trop d’amour pour un seul être.

 

Apprivoisant progressivement le tempérament impétueux - tant physiquement qu’intellectuellement - d’Etty, Julius Spier l’éduquera à un “amour plus large que celui qui se concentre sur une seule personne” et la guidera, jusqu’à son dernier souffle, dans le chemin pour se trouver et aller vers l’autre. Julius, fiancé à une femme à Londres, pose et impose sa fidélité à la volcanique Etty qui accepte le “défi”. L’homme lui échappe à moitié, mais le désir qui la déchire pendant des mois sera fécond : c’est de l’amour qui flambe entre eux qu’est né sa force spirituelle d’Etty. Derrière son amour pour lui, elle découvre, un amour impersonnel, démultiplié, pour tous les autres et pour Dieu. L’avancée inéluctable de la menace qui pèse sur les juifs d’Europe et la frustration de cet amour sans retour charnel expliquent sa vertigineuse conversion du cœur.

 

S’expliquer avec soi-même

 

Un matin de printemps, le 8 mars 1941, sous le choc de sa rencontre avec Spier, elle commence à écrire un journal pour “voir clair”. Menant un travail d’introspection systématique, tour à tour lucide, exaltée ou drôle pour lutter contre l’angoisse, elle se découvre et se transforme, tandis qu’autour d’elle l’irréparable de la Shoah se commet.

 En trois ans, son évolution spirituelle est fulgurante, grâce à son effort inlassable pour ordonner sa vie : “je dois me replonger sans cesse dans la réalité, m’expliquer avec tout ce que je rencontre sur mon chemin, accueillir le monde extérieur dans mon monde intérieur et l’y nourrir - et inversement”.

 On assiste, en direct, à l’éclosion d’une personnalité, “à l’immense élan d’une force nue, toujours plus nue, plus libre, insoumise aux puissances du mal qui sévissent alors”, comme l’écrit Sylvie Germain dans la biographie qu’elle lui a consacrée. Son retour à soi n’est pas un retour sur soi, elle va vers plus grand qu’elle. Pour Etty, le maître mot c’est comprendre, comprendre la réalité. Elle ne se laisse pas faire et cherche à entendre ce que les événements ont à lui dire.

 “Je connais l’air traqué des gens, l’accumulation de la souffrance humaine, je connais les persécutions, l’oppression, l’arbitraire, la haine impuissante et tout ce sadisme. Je connais tout cela et je continue de regarder au fond des yeux le moindre fragment de réalité qui s’impose à moi.” Elle apprend, ni plus ni moins, à aimer sans compter : “À la fin de la journée, j’éprouvais toujours le même sentiment, l’amour de mes semblables. Je ne ressentais aucune amertume devant les souffrances qu’on leur infligeait, seulement de l’amour pour eux, pour leur façon de les endurer, si peu préparés qu’ils fussent à endurer quoi que ce fût...” Lentement, elle prend conscience de son identité profonde, au-delà de ses conditionnements familiaux et des événements historiques douloureux.

 Cet espace intérieur qu’elle découvre et creuse patiemment lui permet de “tenir le coup” au camp de transit de Westerbork, au nord du pays, dans un paysage de lande déserte. L’étau se resserre. Elle pressent qu’elle sera happée par la “fatalité de masse”, elle ne la fuit pas. Elle oriente sa nouvelle force intérieure (ce qu’elle appelle ses forces créatrices) vers le secours à porter à tous, sans se cantonner à elle et à ses proches.

 

“Le Seigneur est ma chambre haute”

 

Au fur et à mesure qu’Etty s’engage sur ce chemin de la vie intérieure, elle se rapproche non seulement d’une contemplation de la bonté et de la beauté de la vie, mais aussi d’un sentiment de proximité avec Dieu. Sa fréquentation des Évangiles, en particulier celui de Matthieu, va grandissant. C’est encore Julius Spier qui l’introduit et l’initie à Dieu, il prie et médite la Bible chaque jour. Sous son influence, elle découvre la prière et partage ses lectures de Maître Eckhart, Thomas a Kempis, Rilke ou encore saint Augustin.

Ne sachant que faire de son désir fou de Julius Spier, elle prie et entre dans l’acceptation. Il a fallu du temps pour qu’Etty, qui se qualifiait elle-même de “jeune fille qui ne savait pas s’agenouiller”, apprenne à se tourner vers l’intérieur et à prononcer le nom de Dieu.

Le 9 mars 1941, le journal d’Etty fait mention pour la première fois du nom de l’Innommable : “Le monde surgit comme une mélodie de la main de Dieu : toute la journée, ces mots de Verevey ont résonné dans ma tête. Moi aussi je voudrais être comme une mélodie qui surgit de la main de Dieu.” Elle sent que “Dieu écoute au plus profond ” d’elle et leur relation se personnalise chaque jour davantage. Son journal devient presque une lettre à Dieu.

Dans cette intimité nouvelle, dans cet espace intérieur, elle apprend à accueillir l’autre, à le “laisser s’épanouir”, à lui “ménager une place où il puisse grandir et déployer ses virtualités”. “Chaque jour je suis [...] sur les champs de bataille ou, peut-on dire, les champs de massacre. Parfois s’impose à moi comme une vision des champs de bataille de la couleur verte d’un poison, je suis auprès des affamés, des torturés, des moribonds, chaque jour ; mais je suis aussi proche du jasmin et du morceau de ciel derrière ma fenêtre. Dans une vie, il y a place pour tout. Pour une foi en Dieu et pour une mort misérable.” La vie, dont elle a rassemblé et réorienté en elle les forces, se met à déborder.

En tant que “fonctionnaire” du camp, elle a un temps encore le droit de sortir en ville. Les promenades en bicyclette dans les rues d’Amsterdam qu’elle aime tant sont interdites aux juifs ? “Autrefois, dans le désert, nous nous sommes très bien débrouillés sans vélo, et pendant quarante ans”, relève-t-elle.

Comme juive encore, il lui est interdit de prendre le tramway, d’entrer dans les magasins, les squares et les jardins ? L’angoisse l’opprime ? Elle se détache des événements et bâtit, par la prière, “un mur protecteur plein d’ombre propice”. Le ciel qui se déploie au-dessus de sa petite rue sombre suffit alors à la ravir. Et un pur bonheur d’“être là” jaillit, s’impose et revêt le chaos d’une lumière surabondante.

Julius Spier tombe malade au cours de l’été 1942 et meurt le 15 septembre, d’un cancer du poumon, à la veille d’être déporté. Ce matin-là, Etty est auprès de son grand amour. “C’est toi qui a libéré en moi ces forces dont je dispose. [...] Tu as servi de médiateur entre Dieu et moi mais maintenant, toi le médiateur, tu t’es retiré et mon chemin mène désormais directement à Dieu.

Je servirai moi-même de médiatrice pour tous ceux que je pourrai atteindre”, note-t-elle ce jour-là dans son journal. Il meurt, mais elle ne le perd pas ; elle le porte en elle, comme elle porte tout. La vie va alors s’accélérer et sa fin, qu’elle pressent prochaine, se rapproche.

Les premiers trains pour les camps d’extermination ont commencé à quitter Westerbork : chaque mardi à 11 heures, plus de mille personnes partent pour “aller travailler en Pologne”. Son nom ne saurait tarder à être sur la liste. Elle regarde la souffrance dans les yeux jusqu’au bout. Certains amis lui proposent de la cacher. Sa famille vient d’être internée. Elle choisit de ne pas se “soustraire au sort imposé à tant d’autres” et décide de rester au camp. Volontaire pour accompagner Dieu dans les camps jusqu’au bout, elle ne se dérobe pas : “Chacun veut encore tenter de se sauver tout en sachant très bien que s’il ne part pas, un autre le remplacera.

Que ce soit moi ou un autre qui parte, qu’importe, ce qui compte, c’est que tant de milliers de gens doivent partir.” Si le journal s’achève en 1942 - ses derniers cahiers, tenus jusqu’à son départ, n’ont pas été retrouvés -, il nous reste toutes les lettres qu’elle écrivit jusqu’au bout, à ses amis.

 

Ne plus haïr personne

 

Etty Hillsemum a payé le prix pour être médiatrice, montrer une route : entre 1941 et 1943, en deux ans, de façon extrêmement concentrée, elle a prouvé qu’en tenant tête au mal, en rassemblant des forces dispersées et en s’approchant du silence intérieur, on se rapproche d’une force vive, imprenable. La libido mal maîtrisée et possessive de ses jeunes années n’était qu’un appel de la vie au don de soi, Etty peut désormais se laisser toucher par tout. “Je ne hais personne. Je ne suis pas aigrie. Une fois que cet amour de l’humanité a commencé à s’épanouir en vous, il croît à l’infini.” Sur la carte postale qu’elle griffonna avant d’être embarquée dans une bétaillère et qui fut retrouvée par des paysans, elle écrit ces derniers mots : “J’ouvre la Bible au hasard et trouve ceci : le Seigneur est ma chambre haute.” Elle et les siens seraient partis en chantant.

Etty a su “s’expliquer”, même avec la barbarie : “La saloperie des autres est aussi en nous. Et je ne vois pas d’autre solution que de rentrer en soi-même et d’extirper de son âme tout cette pourriture. Je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. L’unique leçon de cette guerre est de nous avoir appris à chercher en nous-mêmes et pas ailleurs.”

 

Bibliographie :

Une vie bouleversée, éd. du Seuil, 1985 et Lettres de Westerbork : les deux textes réunis sont disponibles dans la collection “Points-Seuil”, 1995.  Etty Hillesum, de Sylvie Germain, éditions Pygmalion/Gérard Watelet, 1999. Portrait d’Etty Hillesum, de Ingmar Granstedt, éd. Desclée de Brouwer, 2001. Etty Hillesum, un itinéraire spirituel, du jésuite Paul Lebeau, éditions Albin Michel, coll. “Spiritualités vivantes”, 2001.

 

Anne Ducrocq

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02 février 2012

Mercredi 25 avril 2012 à 20h30 à Institution de La Salle - Metz

 

Mercredi 25 avril 2012 à 20h30

Amphithéâtre de l'Institution de La Salle

Rue Devilly - Metz


Parking gratuit



Rencontre littéraire :


Martin Steffens


MSteffens


Martin Steffens, messin d'origine, père de trois enfants, enseigne la philosophie en classes préparatoires littéraires au lycée Georges de La Tour à Metz. Outre des études sur Nietzsche ou Simone Weil, il a signé chez Salvator un Petit traité de la joie, très remarqué. Son dernier essai, Vivre ensemble la fin du monde, entend ne pas laisser l'Apocalypse aux discours supersticieux ou moralisateurs. Car la fin du monde, sitôt regardée en face, met chacun en route vers cette peur plus essentielle que celle de mourir : la peur de ne pas vivre pleinement.

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01 février 2012

Jeudi 3 mai 2012 à 20h30 : conférence d'Odile Flichy

 

Jeudi 3 mai 2012 à 20h30

Amphithéâtre de l'Institution de La Salle

Rue Devilly - Metz

 

Parking gratuit


Semaine biblique : Les Actes des Apôtres

Comment Luc raconte

l'itinéraire de Paul ?


Conférence d'Odile Flichy


Document 22 Odile Flichy


Agrégée de grammaire, Odile Flichy a enseigné les lettres classiques pendant près de 30 ans au Lycée Madeleine Daniélou à Rueil-Malmaison (92) et le grec du Nouveau Testament au Centre Sèvres de 1988 à 2002. Elle a obtenu la Licence en Écriture Sainte délivrée par la commission biblique pontificale en 1992.
Sa thèse de doctorat, dirigée par le professeur Daniel Marguerat, et soutenue à Lausanne en 2006, portait sur « La figure de Paul dans les Actes des Apôtres ». Elle enseigne l’exégèse du Nouveau Testament depuis 1992, essentiellement dans la perspective de l’analyse narrative.
Membre de l’association catholique française pour les études bibliques (ACFEB) et de l’association européenne de théologie catholique (AETC), elle participe aux activités du Réseau de recherche en analyse narrative biblique (RRENAB) : chaque année en alternance, un colloque et un symposium.



Odile Flichy1

 

Eléments bibliographiques

 

  • La figure de Paul dans les Actes des Apôtres. Un phénomène de réception de la tradition paulinienne à la fin du 1er siècle. (lectio divina 214) paris, Cerf, 2007
  • Luc, Paul et les Actes des Apôtres. L'histoire d'un héritage (Connaître la Bible 49) Bruxelles, Lumen Vitae 2007
  • L'œuvre de Luc : l'évangile et les Actes des Apôtres, CE 114, Paris, Cerf, 2000
  • En collaboration avec Danielle Ellul : Initiation par les textes au grec du NT : 2e édition révisée Paris, Cerf, 2004

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